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Une mission multidirectionnelle. Le message d’Edimbourg 2010

11.06.10

 

Célébration finaleDans « l’Assembly Hall », lieu de la première conférence d’Edimbourg, en 1910.
Photo: Gary Doak/E2010

Par Martin Hoegger*

«Evangéliser le monde entier durant notre génération». Malgré le slogan de John Mott lancé lors de la conférence d’Edimbourg en 1910, la proportion des chrétiens dans le monde reste la même qu’il y a cent ans: environ un tiers. Sous un titre englobant - «Témoigner de Christ aujourd’hui» -  Edimbourg 2010 a voulu passer en revue  les divers thèmes actuels de la mission chrétienne. 

Cette conférence, qui a réuni autour de 400 délégués, a permis d’abord un approfondissement  des intuitions fondamentales de la mission. Proclamation de Jésus-Christ, crucifié et ressuscité pour tout réunir en Lui, la mission est relationnelle, à l’image de Dieu qui est relations. C’est donc dans le cadre d’une relation de service, d’amitié et de justice qu’elle se vit. 

Avec les personnes des autres religions une "spiritualité du dialogue" est nécessaire. Pour l’évêque Mano Rumalsah, de l’Eglise du Pakistan, «la question la plus importante est celle de l’engagement conscient du chrétien. Il faut savoir qui je suis et qui est l’autre. Puis chercher des bases communes, en commençant par se mettre au service de l’autre. C’est le modèle divin, choisi par Dieu en Jésus; la diaconie conduit à une relation et au témoignage. Il n’y a pas d’autre chemin pour la mission».

La mission est aussi "holistique", c'est-à-dire globale. Le temps où l’on opposait évangélisation, action sociale et engagement pour la justice et la paix est révolu. «En Christ et dans l’Evangile, il n’y a pas de division entre l’unité, la mission, la  justice, la paix et le souci de la création», dit Olav Fykse  Tveit, le nouveau secrétaire du Conseil œcuménique des Eglises.   

La «mission de partout vers partout»

Approfondissement, mais aussi élargissement. D’abord géographique: en 1910, les  continents du sud n’étaient pas représentés (sauf l’Asie avec une vingtaine de délégués) et la mission se comprenait comme une entreprise du nord vers le sud. Aujourd’hui la mission est devenue multidirectionnelle. Les rencontres préparatoires à la conférence de 2010 l’illustrent: elles ont eu lieu sur tous les continents. Alors qu’en 1910 seuls des chorals de la culture anglaise retentissaient dans l’Assembly Hall de l’Eglise d’Ecosse, la célébration conclusive d’Edinbourg 2010 a été une symphonie universelle de chants et de prières. Et en 2010 le prédicateur était John Sentamu, le charismatique archevêque anglican de York, un réfugié ayant fui la dictature ougandaise dans les années 70. Une illustration éloquente de cette mission «de partout vers partout», selon l’expression consacrée.

La présence «missionnaire» des communautés des migrants en Europe a été  également rendue visible lors de cette célébration par une magnifique chorale formée de plusieurs communautés africaines de la capitale écossaise. Mais cette nouvelle orientation de la mission ne va pas de soi. Venu d’Afrique en Europe, Fidon Mwombeki, directeur de la Mission évangélique unie, remarque : «il y a encore trop de personnes qui considèrent la mission comme une aide à apporter au pauvre. Par conséquent les personnes du Sud n’ont pas de mission dans le Nord. Ils viennent pour "apprendre" quelque chose des pays développés qu’ils devront utiliser pour leur bénéfice et celui de leur peuple, à leur retour».

Un élargissement à toutes les familles confessionnelles

La conférence d'Edinbourg 2010 a largement dépassé le cadre du Conseil œcuménique des Eglises, qui n'était que l'un des partenaires. Elle a rassemblé 19 organismes  des familles catholique, protestante, orthodoxe, évangélique et pentecôtiste. Un petit miracle de rencontre!

Alors que la participation catholique et orthodoxe était déjà une réalité – la conférence missionnaire d’Athènes en 2005 en terre orthodoxe l’avait confirmé  - l’implication de la famille évangélique-pentecôtiste restait très marginale. Or à Edinbourg, elle a apporté une contribution significative. «En 1910, la majorité des délégués participant à la première conférence mondiale étaient évangéliques. Aujourd’hui elle nous relie donc à nos racines», dit Geoff Tunnicliffe, directeur de l’Alliance évangélique mondiale.

Cette rencontre a certainement conduit à mieux se connaître et à sortir de certains préjugés, comme l'idée que les évangéliques de désintéressent de l’action sociale. O. Tveit dit combien la visite des responsables de l’Alliance évangélique mondiale et du Mouvement de Lausanne, au début de son mandat, l’a touché et inspiré : «je me suis  rendu compte à quel point je partageais avec eux une compréhension globale de la mission». L’intervention en plénière de Young-Hoon Lee, pasteur principal de l’Eglise pentecôtiste du Plein Evangile de Yoido, a permis également de se rendre compte de l’engagement œcuménique et social de cette grande Eglise coréenne.  

Edimbourg 2010 a replacé l’appel à l’unité au cœur de la mission. C’est ainsi que le théologien orthodoxe, Antonios Kireopoulos, des Etats Unis, plaide pour une «charité œcuménique», un type de relation caractérisée par le respect, le souci et l’affection d’une Eglise pour une autre. «Ces genres de relations révèlent une reconnaissance des dons des autres Eglises et un désir de partager leurs fardeaux».

Prendre de la hauteur

…et regarder vers Celui qui est la source de toute mission, le Ressuscité, qui sur la croix attire à Lui l’humanité entière. La célébration d’ouverture l’a affirmée avec force autour d’une croix celtique, où les délégués étaient invités à déposer une pierre apportée de leur pays. «Ce ne sont pas les stratégies qui comptent, mais le retour à l’Evangile, à une spiritualité plus profonde. C’est notre expérience des mouvements dans l’Eglise catholique», affirme Brian Farrell, secrétaire du Conseil pontifical pour la promotion de l’unité des chrétiens

Au cœur de la mission, il faut l’écoute de la voix de l’Esprit. John Sentamu a insisté sur ce point en appelant à un renouveau de la mission: «La relation à l’Esprit est essentielle pour notre compréhension de la mission. C’est lui le directeur de toutes nos entreprises. Si Jésus a marché avec l’Esprit saint, ses disciples ne peuvent prendre un autre chemin. Chaque jour, nous avons besoin d’être remplis de l’Esprit pour que nos corps et nos âmes soient guéris, nos fautes pardonnées, nos ministères vivifiés ».

 

* Martin Hoegger est pasteur de l’Eglise évangélique réformée du canton de Vaud (Suisse), où il est responsable de l’œcuménisme. Il est secrétaire exécutif de la Communauté des Eglises chrétiennes des Eglises de ce canton.  


Site internet de la conférence Edimbourg 2010

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